Dans l’immensite ocre du Sahara, la ou les dunes dessinent des vagues figees sous un soleil implacable, vivent les Touaregs. Surnommes les « hommes bleus » en raison du voile indigo qui teint leur peau, ces nomades perpetuent depuis des millenaires un mode de vie adapte a l’un des environnements les plus hostiles de la planete.
Les seigneurs du desert
Descendants des Berberes, les Touaregs se sont etablis dans le Sahara central il y a plusieurs millenaires. Leur territoire traditionnel s’etend sur cinq pays actuels : l’Algerie, le Mali, le Niger, la Libye et le Burkina Faso. Pendant des siecles, ils ont controle les routes caravanieres transsahariennes, acheminant l’or, le sel et les marchandises entre l’Afrique subsaharienne et la Mediterranee.
Le tagelmust : symbole d’identite
Le voile indigo qui couvre le visage des hommes touaregs, le tagelmust, represente bien plus qu’une protection contre le sable et le soleil. Long de plusieurs metres, il constitue un marqueur social fondamental. Des l’adolescence, le jeune homme recoit son premier voile lors d’une ceremonie initiatique qui marque son entree dans l’age adulte.
Retirer son tagelmust en public equivaut a se montrer nu. C’est une partie de nous-memes, pas simplement un vetement.
Contrairement aux autres societes islamiques, ce sont ici les hommes qui se voilent, tandis que les femmes touaregues jouissent d’une liberte remarquable. Elles peuvent posseder des biens, choisir leur epoux et divorcer librement.
Le tifinagh : une ecriture rescapee
Les Touaregs possedent leur propre systeme d’ecriture, le tifinagh, herite des anciens Libyques. Cet alphabet consonantique, compose de symboles geometriques, est l’un des plus anciens du monde encore en usage. Traditionnellement transmis par les femmes, il sert a la correspondance amoureuse, aux messages secrets et a la poesie.
Entre tradition et adaptation
Le mode de vie nomade des Touaregs est aujourd’hui menace par de multiples facteurs : les frontieres nationales qui entravent les deplacements, les secheresses repetees, l’instabilite politique et la concurrence des transports modernes qui ont marginalise les caravanes.
Face a ces defis, les Touaregs s’adaptent. Certains se sont sedentarises dans les villes du desert, d’autres ont developpe le tourisme saharien, partageant leur connaissance intime du desert avec les voyageurs en quete d’authenticite. Leur musique, notamment le blues du desert popularise par des groupes comme Tinariwen, a conquis les scenes internationales.